Le mot « protocole » vient du grec « kollaô » (coller) qui désignait le premier feuillet collé d’un
registre. Par métonymie, le mot s’appliqua au registre lui-même et, par extension, au contenu de ce registre «prothecolle » (minute d’un acte).
Il y avait à Rome un protocole d’où nous vient le Cedant Arma Togae. À partir du Moyen
Âge, on consignait dans le protocole des notions importantes concernant certains domaines : protocole des notaires, protocole international. En 1504, on attribue au pape Juste II une liste de
préséances des rois chrétiens. Les rois de France se préoccupèrent de la question et signèrent de nombreux textes sur le protocole, notamment l’édit de Henri II accordant aux princes de sang la
préséance sur les autres princes et les pairs de France dans toutes les solennités publiques.
Le cérémonial français paru en 1649 ne comporte pas moins de deux mille pages. Il contient la
description des règles observées en France pour les sacres et couronnements des rois et reines, et de quelques anciens ducs de Normandie, d’Aquitaine, de Bretagne : les entrées solennelles dans
les villes de province, les mariages, les naissances, les assemblées de notables et les lits de justice, les actes de foi, les hommages et serments de fidélité, les réceptions des papes,
empereurs, ambassadeurs, membres de gouvernements.
Louis XIV porta également l’étiquette à un haut degré de raffinement en assumant son rôle de
monarque. Il a même souligné l’utilité du protocole dans ses mémoires.
Napoléon fut aussi le promoteur de règles protocolaires. Le décret du 24 messidor an XII (13
juillet 1804) donnait pour la première fois une liste de préséances et la définition des honneurs militaires, civils et funèbres à prodiguer aux diverses autorités. Ce texte est resté plus d’un
siècle en vigueur, malgré les changements de régimes.
En 1874 et 1877, des commissions spéciales furent instituées pour préparer la révision du décret
napoléonien, mais les travaux n’aboutirent pas. En 1890, une autre tentative resta infructueuse.
Ce n’est qu’en 1902 que le président du Conseil argua de la nécessité de révision, ceci grâce à
l’initiative du ministre de la Guerre qui avait saisi le Conseil d’État d’un projet de décret portant modification du service des places contenant diverses innovations sur les honneurs à rendre
aux autorités civiles. Cette proposition fut adoptée et le président du Conseil institua, par arrêté, une commission interministérielle formée des représentants du Sénat, de la Chambre des
députés, du Conseil d’État, de la grande chancellerie de la Légion d’honneur et de chaque ministère, qui élabora au cours de l’année 1903 une nouvelle réglementation. Présenté au Conseil d’État,
le projet de la commission en revint après avoir subi plusieurs modifications. C’est alors que le texte fut arrêté par Clémenceau et soumis à la signature du président de la République,
Fallières. Si le décret de 1907 apportait de notables modifications, il reprenait très exactement les éléments du premier décret napoléonien.
D’autres textes adaptèrent l’essentiel des dispositions du décret du 16 juin 1907 à l’Algérie, aux
colonies. Par la suite, peu de textes vinrent compléter les dispositions dudit décret qui, les années passant, correspondait de moins en moins à la réalité politique. Cette situation s’aggrava
avec la naissance de la Ve République dont la constitution apportait de notables changements dans les institutions.
Plus près de nous, l’inadaptation du décret de 1907 se confirmait. Depuis sa promulgation, des corps et des autorités avaient
disparu comme le Sénat de la communauté, l’Assemblée de l’Union française, des référendaires au « Sceau de France », de nombreuses autorités civiles et militaires. Un certain nombre d’organismes
avaient changé de nom et leur compétence avait été modifiée. En revanche, il en est apparu de nouveaux : chambres de métiers, ordre de la Libération, ordre national du Mérite, assemblées
régionales, préfets de région, parlementaires européens, Conseil supérieur de l’audiovisuel, tribunaux administratifs, chambre régionale des comptes, etc. De même, il est désormais d’usage
d’inviter aux cérémonies publiques des personnalités qui n’ont pas qualité pour figurer dans un texte réglementaire.
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